Un ancien greffier au parcours atypique

 

« L’aspect humain peut être lourd, il y a des affaires qui marquent plus que d’autres mais il faut rester objectif et faire son travail au mieux, aussi bien pour les prévenus que pour les victimes. » 

 

Après avoir fait des études de design et de communication visuelle, Kenny Manir est entré au ministère de la Justice. Anciennement greffier au Tribunal de Grande Instance de Paris, mais aussi graphiste, Monsieur Manir témoigne  de son parcours atypique.  

 

 

1/ Son parcours 

 

Comment s’est créée votre orientation ?

 

J’ai toujours voulu être dans le design, après le BAC, je ne me serai pas imaginé greffier. Pourtant, je voulais être au service de l’état pour me sentir utile et essayer d’améliorer les choses à mon niveau. 

 J’ai fait fonction de greffier durant quatre années au Tribunal de Grande Instance de Paris, à la 16ème chambre correctionnelle en terrorisme libre et à la 23e chambre aux comparutions immédiates. 

Cette dernière chambre demandait beaucoup d’énergie, elle fait partie du pôle de l’urgence pénale ainsi en changeant de fonction, j’ai pu me concentrer davantage à ma carrière de graphiste. Toutefois, je pense retourner dans les services pénaux, c’est ce qui me plaît finalement le plus. 

 Aujourd’hui, je suis adjoint administratif principal au Ministère de la justice en tant que gestionnaire à la mission outre-mer des services pénitentiaires et aussi graphiste. Je suis fonctionnaire à mi-temps et ça me permet de concilier deux choses qui me plaisent.

 

Comment en êtes-vous venu au ministère de la Justice ?

 

J’ai toujours eu cette envie d’apporter mon aide aux personnes alors je me suis tourné vers ce ministère. À l’époque, il y a cinq ou six ans, on ne recrutait pas autant de contractuels qu’aujourd’hui. Pour y rentrer, j’ai fait des candidatures spontanées sur le BIEP (Bourse Interministérielle Emploi Public) là où se trouve tous les appels d’offres et directement via les services de ressources humaines. 

 Ensuite, j’ai fait des vacations dans plusieurs administrations comme la cour d’appel, les prud’hommes ou encore le Conseil d’État. Le fait d’avoir validé une vacation permet d’obtenir un meilleur dossier pour les autres administrations. 

 Quand on commence, les missions tournent autour de la gestion d’archive, de la saisie puis à force de faire des vacations, on gagne en opportunités. De plus, en étant dans les ministères, on se fait un réseau qui permet de nous aiguiller. Il m’a permis de savoir vers quels services postuler. 

 

Comment vous êtes-vous préparé aux entretiens sachant que vous n’aviez pas fait d’études de droit ?

 

Je me suis préparé seul en étudiant des ouvrages sur les fondements du service public, les droits et devoirs des fonctionnaires, etc. La justice est au final assez codifiée donc en connaissant les lois, les droits et devoirs de chaque agent, on peut répondre au mieux aux mises en situation. Après, c’est beaucoup de révision. 

Aussi, durant mes vacations, j’ai rencontré des personnes qui m’ont aidé à la préparation des entretiens. J’ai eu de la chance d’être dans le milieu avant de passer le recrutement sans concours, ce qui m’a permis d’accéder à mon poste actuel. 

 

2/ Le métier de greffier

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de votre arrivée ?

 

Dès mon arrivée, j’ai fait fonction de greffier à la 23e chambre aux comparutions immédiates, c’était assez dur au début. Il y avait des notions complexes que je ne maîtrisais pas comme le jeu entre le parquet et le siège. Mais j’ai fait beaucoup de formations durant ma première année de stage pour comprendre le système pénal, le système civil, etc. De même, grâce aux autres greffiers, j’ai pu être indépendant assez rapidement. Ils m’ont beaucoup aidé. Ceux qui partent transmettent leurs savoirs à la relève. 

Le  droit est très codifié, dès que l’on connaît les textes de loi dont on a besoin quotidiennement et qu’on est conscient des contentieux que l’on gère avec ses subtilités, on devient autonome rapidement. Le métier de greffier s’apprend aussi sur le tas. 

 L’autre grande difficulté a été la pression que je m’étais mise. Le fait de me dire que des justiciables comptaient sur moi et qu’ils méritaient un dossier bien traité me mettait une certaine pression. Quand on n’est pas habitué à ce genre de responsabilité ça peut être assez dur au début. Aussi, l’aspect humain peut être lourd, il y a des affaires qui marquent plus que d’autres, mais il faut rester objectif et faire son travail au mieux, aussi bien pour les prévenus que pour les victimes. 

 

Pourquoi la 23e chambre ?

 

Je n’ai pas forcément eu le choix. Quand on arrive, on choisit sa juridiction, c'est-à-dire cour d’appel, TGI ou chancellerie puis on a le choix entre le siège et le parquet, mais le service est attribué d’après le profil de chacun. 

La 23e chambre correctionnelle relative aux comparutions immédiates, par sa charge de travail, demande beaucoup d’énergie. Toutefois, c’est une chambre très formatrice pour les personnes qui viennent d’arriver. Elle permet d’avoir une vision globale du pénal. Ainsi, je me suis amélioré dans cette matière et j’ai su comprendre toutes les subtilités de ce type de contentieux. 

 

Quelles ont été vos expériences au sein des différentes chambres  ? 

 

Les fonctions restaient les mêmes, mais en changeant de contentieux, il y a des subtilités différentes. En effet, dans les deux cas j’étais dans l’audiencement c'est-à-dire que je devais vérifier que toutes les pièces étaient complètes dans le dossier, je jouais l’intermédiaire entre les victimes, le parquet, les maisons de détention et les interprètes mais les contentieux étaient complètement différents. 

À la 23ème chambre aux comparutions immédiates, le travail se fait dans l’urgence, il n’y a pas d’instruction et les dossiers sont très nombreux alors qu’à la 16ème chambre, relative au terrorisme libre, le travail se doit d’être plus approfondi et toute la partie de l’instruction est plus lourde, ce sont deux contentieux différents. 

Chacun se sent plus ou moins à l’aise avec le contentieux qu’il exerce. Personnellement, même si ça peut sembler paradoxal, je me sens plus à l’aise dans les comparutions immédiates. C’est un service très dynamique, les faits ne sont jamais identiques, les décisions sont prises de façon plus instantanée et on observe toute la chaîne du pénal. 

 Alors les greffiers, malgré leur titre identique, varient selon les services dans lesquels ils se trouvent. Un greffier qui va aux audiences assister le juge ou celui qui s’occupe de l’exécution des peines ont des missions différentes. On ne peut pas nous apprendre LE métier de greffier, il est bien trop riche, il y a des métiers. 

 

Prévoyez-vous des évolutions dans votre carrière ? 

 

J’ai fait le concours d’adjoint administratif principal, je suis aujourd'hui gestionnaire à la mission outre-mer des services pénitentiaires. Je fais moins de pénal et davantage d’administratif en gérant les carrières des agents pénitentiaires. Mon désir serait de retourner dans les contentieux pénaux, je préfère être au plus près des justiciables et les servir au quotidien. On a cette place impartiale où l'on est garant d'une procédure sans vice. 

 

3/ Ses conseils pour les futurs étudiants

 

Quelle(s) qualité(s) les futurs greffiers doivent-ils développer ? 

 

Au fil du temps, on peut oublier que les noms derrière nos dossiers sont de véritables personnes, or, il faut se rappeler que tout le monde a le droit d’avoir une audience sans vice. Je pense qu’il faut alors des qualités humaines pour essayer d’en avoir conscience et faire au mieux notre métier. 

Il faut être objectif sans les déshumaniser. 

C’est ce professionnalisme qui permet à certains greffiers d’exceller dans leurs domaines. Parfois, les conditions de travail sont difficiles, mais c’est le sens du devoir bien fait qui nous permet de tenir quotidiennement. 

 

Plus que des qualités humaines, quelle(s) compétence(s) professionnelles les étudiants doivent-ils acquérir ? 

 

Je pense être arrivé dans une ère de transition, avec la justice du XXIe siècle, on tente d’informatiser les anciennes méthodes de travail et de numériser les dossiers. Je pense qu’il serait bon de trouver des personnes qui veulent essayer de réformer le système sur lequel on travaille depuis des années pour avoir de nouveaux outils et faciliter la gestion des services. Recruter des jeunes qui sont à l’aise avec les nouvelles technologies et l’informatique aiderait beaucoup. 

 

Hall d’entrée du Nouveau Tribunal de Paris. 


À bientôt sur JurisLogic! 

Juridiquement, Lucie. 

 

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