Témoignage : Étudiante en L3 de droit

Notre article sur « Pourquoi faire du droit » ne t’a pas donné toutes les clés pour savoir si cette discipline était faite pour toi ? Pas de panique ! Une étudiante de Paris 1 a accepté de répondre à nos questions pour mieux t’éclairer !

Pour cibler tes préoccupations, le sommaire divise le témoignage en plusieurs parties: tu n'as plus qu'à aller dans la section qui t'intéresse.

Nous espérons que ces réponses pourront te guider au mieux !

Sommaire – Questions :

Présentation :

- Est-ce que tu peux te présenter, ton parcours, et ce que tu es en train de faire actuellement ?

- Pourquoi ce choix de Master ?

- Dès l’obtention de ton Bac (L) tu as tout de suite voulu t’orienter vers le droit ?

- Est-ce que tu avais des appréhensions avant d’entrer à la fac ?

 

Expérience et conseils d’organisation L1/L2 :

 

- Quelle est ton année de licence que tu as trouvé la plus difficile ?

- Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux futurs L1, et même aux futurs L2 pour affronter ce cap ?

- Et par rapport à la L2 ?

- Est-ce qu’il y a une méthode de travail que tu conseillerais, comme travailler en groupe ?

- Penses-tu qu’il y a des choses à savoir avant d’entamer des études de droit ?

 

Point sur les idées reçues :

 

- Ce que tu dis permet d’ailleurs de parler de quelques idées fondées ou infondées sur le monde du droit : Tu parles du par cœur, qui est un préjugé que beaucoup ont sur le droit. Est-ce que tu pourrais éclaircir ce point ?

- Certains ont aussi tendance à penser que les études de droit ne se cantonnent qu’au droit de manière exclusive...

- Et concernant la charge de travail ? 

- Il y a aussi le fait d’avoir un réseau, des relations pour évoluer dans le droit, est-ce que tu penses que cette idée est véridique ?

 

Difficultés, expériences, enseignements et vision du droit :

 

- Est-ce que l’associatif t’a aidé dans ta licence ?

- En commençant tes études de droit, y-a-t-il des choses qui t’ont surprise au niveau du discours des professeurs et des matières ?

- Quels exercices t’ont donné le plus de mal ?

- Si tu pouvais te dire quelque chose, à ton toi de début d’études, qu’est-ce que ça serait ?

- Tu as dit que tu avais passé ton deuxième semestre en Erasmus à Moscou. Est-ce que tu peux dire quelques mots sur ton expérience ?

- Après avoir fini ta licence et en t’engageant dans ton Master, est-ce que ta vision du droit a changé par rapport à celle que tu avais avant de commencer tes études ?

 

___________________________________________________________

 

-Est ce que tu peux te présenter, ton parcours et ce que tu es en train de faire actuellement ?

Je viens de terminer ma licence à Paris 1, mais j’ai fait ma première année [dans une autre université] car je n’avais pas eu de facs parisiennes quand j’ai fini le lycée. J’ai fait mon deuxième semestre de L3 en Erasmus pendant 6 mois. Je vais commencer un M1 de droit international.

 

Pourquoi ce choix de Master ?

J’ai toujours voulu travailler à l’international. D’ailleurs en étant avec beaucoup d’étudiants en sciences politiques durant mon Erasmus, j’ai pensé à me réorienter en M1 Sciences politiques, mais ça n’a pas abouti. Même si je ne sais pas exactement ce que je veux faire par la suite, ce master se rapproche de ce que j’envisage pour plus tard tout en m’ouvrant le plus de portes possibles. J’ai aussi hésité avec le M1 de droit pénal mais le master de droit international avait vraiment plus de débouchés.

 

Dès l’obtention de ton Bac (L) tu as tout de suite voulu t’orienter vers le droit ?

J’ai eu envie de faire du droit depuis le collège, avant même de savoir ce que c’était réellement. Mes deux parents ont un master de droit même s’ils n’exercent pas de métiers juridiques [...] Je voulais m’orienter en criminologie, d’où mon hésitation avec le pénal. C’est quelque chose qui me faisais rêver : avec les séries, les films, on se voit criminologue ou avocate en droit pénal... Je ne me voyais pas du tout faire autre chose et je ne regrette pas du tout mon choix d’orientation !

 

Est-ce que tu avais des appréhensions avant d’entrer à la fac ?

Non, je n’avais pas entendu que c’était particulièrement difficile ou compliqué. Par contre, en entrant en L2 à Paris I, on peut dire que je me suis prise une claque dans la figure, et j’ai d’ailleurs perdu 4 points entre mes deux années. [...] Les exercices sont certes différents et le droit exige beaucoup de rigueur et de travail, mais je pense aussi que la Sorbonne est une fac plus exigeante qu’a pu l’être celle dans laquelle j'étais en L1.

 

Quelle est ton année de licence que tu as trouvé la plus difficile ?

Sans hésiter : la L2 ! C’est l’année réputée la plus difficile, parce que tu commences à avoir des matières plus techniques. La L1 est plus générale et sert surtout à poser des bases alors qu’en L2, on commence à approfondir certains exercices, et on nous demande vraiment d’avoir un esprit de juriste. Je ne vais pas te mentir, pour moi la L2 ça a été du sang et des larmes .

 

Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux futurs L1, et même aux futurs L2 pour affronter ce cap ?

Après le bac, pour entrer à la fac, il faut avoir le goût du travail car personne ne t’accompagne et ne te cadre : si tu as envie de ne rien faire, tu ne fais rien. Il faut juste le vouloir : si tu as envie de réussir et d’avoir ta licence, tu te mettras de toi-même à travailler. C’est plus simple avec un environnement propice : des parents qui t’accompagnent, un logement... Même si, forcément, c’est plus facile si tu ne fais pas 25 heures à coté, dans tous les cas, si tu t’accroches, c’est faisable quelque soit ta situation. La fac de droit pour moi, c’est une histoire d’environnement et de motivation. Il faut avoir de la rigueur, de l’organisation, et vouloir par toi même car personne ne te dira d’aller au bout des choses.

Dans tous les cas, il faut s’accrocher et ne rien lâcher. Si tu dois passer aux rattrapages, tu y passes, l’important c’est que tu aies ta licence. J’ai des amis qui ont redoublé une fois, deux fois, qui passaient presque tout le temps aux rattrapages et à chaque fois c’était beaucoup de remise en question. C’est assez représentatif de ce rapport amour/haine qu’on peut avoir avec le droit.

 

Et par rapport à la L2 ?

Si tu réussis ta L1, c ‘est que tu as les capacités de suivre en L2. Mais en L2 tu commences à faire vraiment du droit, avec le droit pénal et administratif notamment. On te demande aussi une vrai culture et structure juridique, de la rigueur. Donc il faut vraiment avoir assimilé la méthode en L1, ou au moins qu’elle soit acquise le plus rapidement possible. Au début de la L2, quand tu commences à faire des commentaires d’arrêts, on te demande quand même d’assimiler assez rapidement la méthode [...]. Ce qui change fondamentalement entre la L1 et la L2, c’est qu’en L2, on commence à te demander un travail de petit juriste.

 

Est-ce qu’il y a une méthode de travail que tu conseillerais, comme travailler en groupe ?

Personnellement, il y a certains cours que je récupérais et que je travaillais seule, notamment à cause de mon éloignement de la faculté. Travailler en groupe c’est assez intéressant, puisque parler permet de mémoriser [...] mais il faut quand même travailler seul je pense, car on ne peut pas apprendre efficacement en groupe.

Se procurer des manuels, notamment ceux de ses profs, c’est aussi très utile, notamment pour ficher. Tu peux essayer de ficher en combinant le manuel, le TD et le CM : ca te donne le petit plus que les professeurs attendent de toi.

 

Penses-tu qu’il y a des choses à savoir avant d’entamer des études de droit ?

Je pense qu’il faut savoir un peu ce que sont concrètement les études de droit avant de te lancer, sinon tu peux te tromper. Après, se tromper, ce n’est pas dramatique. Beaucoup de gens se réorientent et réussissent très bien par la suite, [...] mais toujours est-il qu’il faut quand même avoir une idée des matières, des cours qui sont donnés. Essayer de contacter des gens qui sont à l’université pour avoir des cours peut aussi aider. L’essentiel est de savoir à quoi t’attendre et de sortir des préjugés : le droit ce n’est jamais du par cœur, c’est beaucoup plus que ça.

 

Ce que tu dis permet d’ailleurs de parler de quelques idées fondées ou infondées sur le monde du droit : Tu parles du par cœur, qui est un préjugé que beaucoup ont sur le droit. Est-ce que tu pourrais éclaircir ce point ?

Le droit, oui c’est apprendre, et c’est une méthode d’apprentissage qui est très lié à notre système d’éducation. Mais entre l’apprentissage et l’application, il y a une structure et une méthode à acquérir, il faut avoir un esprit assez logique et pratique. Si ce n’était que du par cœur, on réussirait tous ! La clé, c’est le raisonnement.

 

Certains ont aussi tendance à penser que les études de droit ne se cantonnent qu’au droit de manière exclusive...

Tout le long de la licence, il y a plusieurs mineures qui sont proposées, comme la philosophie ou l’histoire, même si leurs études restent axées sur le droit. Dans certaines universités, il y a aussi des sciences politiques [...] Le droit international permet de faire des sciences politiques, des relations internationales, de l’histoire, de l’économie.

 

Et concernant la charge de travail ?

Comme je l’ai dit, c’est vrai il faut travailler. [...] Je connais des gens qui ont décidé de ne faire que du droit, et elles sont excellentes, ce qui n’est pas mon cas. Après c’est un choix à faire [...] : Je fais 25h d’associatif en dehors des cours, et je choisis consciemment de ne pas me tuer au droit, parce que je considère que c’est tout aussi important dans un cursus d’avoir des engagements et une vie sociale. [...] La question de l’éloignement est aussi à prendre en compte.

 

Il y a aussi le fait d’avoir un réseau, des relations pour évoluer dans le droit, est-ce que tu penses que cette idée est véridique ?

[...] Je suis arrivée dans le milieu droit, je ne connaissais personne qui en faisait. Forcément, quand tu as de la famille qui travaille dans le domaine de la justice, ça aide, notamment pour les stages [...]. Je connais des gens – et moi la première – qui s’en sortent très bien sans réseau. De toute manière, tu vas te construire un réseau pendant toutes tes études de droit : et l’associatif aide beaucoup dans cela. Je pense que le réseau est indispensable pour la suite par contre, mais ça reste un avis personnel.

 

Est-ce que l’associatif t’a aidé dans ta licence ?

Au niveau juridique, pas vraiment [dans mon association particulièrement] à moins que tu aies un projet qui soit juridique dans ton antenne. Mais c’est sûr que l’associatif peut t’aider à grandir, et t’apporte de la curiosité et une grosse ouverture d’esprit, et si tu appliques cela au droit, ça ne peut qu’être bénéfique.

En plus, faire de l’associatif te permet de connaître des gens et de te faire tes amis : et quoiqu’on en dise se faire des amis c’est très important. Se faire des amis à la fac, c’est assez difficile et l’associatif est un bon moyen pour crée du lien.

Le fait que l’associatif puisse confirmer une orientation, par exemple dans le droit pénal est aussi un plus [ si l’association développe ce genre de thématique ]. Tu peux rencontrer des personnes qui font le Master qui t’intéresse, récupérer des cours, discuter, et donc mieux t’orienter par la suite.

 

En commençant tes études de droit, y-a-t-il des choses qui t’ont surprise au niveau du discours des professeurs et des matières ?

Au niveau des professeurs, j’ai senti la différence entre [la L1 et la L2]. En première année [dans mon autre fac] , j’avais des professeurs assez encourageants et bienveillants, alors qu’à Paris I j’ai trouvé que les chargés de travaux dirigés étaient plus durs [...] même si je suppose que ça dépend des professeurs.

Au niveau des matières, j’ai trouvé qu’il y avait une certaine quantité à apprendre, donc avoir de la mémoire sert réellement. Ce qui est surprenant c’est la charge de travail que tu reçois et le fait que tu sois seul face à tes études, contrairement au lycée où les professeurs sont derrière toi.

Je n’ai pas senti de concurrence entre les étudiants [...] mais ça va sans doute changer avec la sélection en Master, appliquée par la faculté en droit à partir de 2020. [...]

 

Quels exercices t’ont donné le plus de mal ?

La dissertation m’a donné assez de mal. En L1 tu en fais, mais moins en deuxième et troisième année car les professeurs veulent que tu fasses plus de pratique comme des commentaires d’arrêts ou des cas pratiques. En dissertation, tu dois non seulement maîtriser ton cours, mais avoir une grande curiosité et culture juridique. C’est ce qui fait la différence entre un étudiant moyen et un très bon étudiant, la curiosité : aller lire de la doctrine, suivre les actualités. Plus tu avances dans tes études, plus les professeurs attendent de toi que tu sois informé et ouvrir tes devoirs sur des choses qui sortent de l’ordinaire. Je pense que c’est ce qui m’a manqué [...] et je sais maintenant que ça se ressentait dans mes devoirs. Je ne sais pas si c’est parce que j’étais un peu plus jeune, mais je n’avais peut être pas la maturité et la curiosité suffisante quand j’ai commencé. Je sais qu’aujourd’hui, j’aurais beaucoup plus tendance à approfondir mes cours.

 

Si tu pouvais te dire quelque chose, à ton toi de début d’études, qu’est-ce que ça serait ?

Je me dirais : « Arrête de te contenter des cours ! » Les professeurs attendent plus de toi, et en attendront toujours plus de toi. [...] On se rend compte que la culture générale est indispensable, et je la travaille consciemment beaucoup plus. Être curieux, lire, s’ouvrir, c’est très important, et pour le droit c’est indispensable [...].

De manière générale, le contrôle continu est aussi essentiel, et je m’en suis rendue compte beaucoup trop tard, en L3. [...] En L3, quand j’ai commencé à vraiment travailler, j’avais de bonnes notes en TD et je me suis rendue compte que ça compensait énormément tes notes en partiels, et que ça permettait, si tu réussissais tes partiels, d’avoir de très bons résultats. Le contrôle continu et les TD, c’est essentiel, car les professeurs d’amphi, lorsqu’ils corrigent tes copies, peuvent être impitoyable car très exigeants [...].

Participer à l’oral en TD, c’est aussi une bonne initiative. Les professeurs te le répètent mais tu ne t’en rends pas forcément compte. On ne le fait pas forcément parce qu’on a pas confiance, qu’on se dit que les autres sont meilleurs que soi, mais c’est aussi important.

 

Tu as dit que tu avais passé ton deuxième semestre en Erasmus. Est-ce que tu peux dire quelques mots sur ton expérience ?

Les meilleurs mois de ma vie ! Là où j'étais, l’apprentissage était assez moderne, on était des classes d’une trentaine d’élèves, les profs étaient géniaux. En tant qu’étudiant international tu es assez privilégié, et ton emploi du temps est allégé. J’avais des cours beaucoup plus axés sur les relations internationales et les sciences politiques. J’avais un cours Gender Equality and Law qui lui était plus axé sur le droit international. J’ai aussi eu Human Rights, et du droit européen, mais la plupart des matières seront approfondis dans le cadre de mon Master. Personnellement, je conseille aux étudiants qui ont l’opportunité de faire un Erasmus d’y aller : ça te donne une approche différente du droit, tu rencontres des gens, tu apprends une autre langue, tu voyages...

Ils me demandaient un niveau B2, mais tu progresses très rapidement : au bout de 3 mois de rédaction de dizaines de pages en anglais, ton dossier etc. tu es tout de suite plus à l’aise. [...]

Apprendre le droit à l’étranger c’est déjà une autre approche : en France, c’est très traditionnel avec des distinctions claires entre droit privé, droit public. L’enseignement, est aussi très différent de celui que j’ai eu en France.

 

Après avoir fini ta licence et en t’engageant dans ton Master, est-ce que ta vision du droit a changé par rapport à celle que tu avais avant de commencer tes études ?

Je pense que je ne m’attendais pas à grand chose en entrant au lycée car c’était une matière nouvelle. Je savais que ça allait être dur et rigoureux. J’ai expérimenté beaucoup de méthodes différentes avant de trouver celle qui me correspondait [...] et je pense avoir compris comment travailler. Je suis contente d’avoir eu ma licence, sans rattrapages, même si je suis parfois passée à travers les mailles du filet [...].

Je me rends compte maintenant de la diversité au sein même des matières de droit. Le droit c’est beaucoup de matières différentes : on applique pas du tout la même méthode en droit administratif qu’en droit civil [...]. Je sais qu’il y a des matières que j’aime, d’autres que je ne referais plus jamais de ma vie. Ma vision de certaines matières a aussi changé : le droit administratif je n’aime et n’aimais pas ça, et de toute manière, toute ta L1, on va sans doute tout te prédire à propos de cette matière. Je trouvais ça inintéressant, alors qu’aujourd’hui, après avoir récemment eu un job d’été dans le public, je regrette de n’avoir pas écouté plus : lorsque cette matière se concrétise, on se rend compte de son utilité. J’aime les matières concrètes et c’est pour ça que j’ai toujours préféré le pénal. Le droit administratif pour le coup, c’est beaucoup d’arrêts à apprendre, donc moins concret, pour moi.

A la rentrée, je ne vais découvrir que des nouvelles matières, donc je n’ai pas fini d’en apprendre !

 

Réussir en droit, c’est encore une fois se dire que ce n’est pas du par cœur : c’est une capacité à raisonner, à structurer sa pensée que tout le monde n’a pas, mais que tout le monde peut avoir en travaillant. [...] Pour moi, le droit c’est presque scientifique, comme les mathématiques, car tout doit être structuré de manière logique.

J’ai aussi appris à relativiser : ce n’est pas parce que tu as 8 que le droit n’est pas fait pour toi ou que tu es nul, c’est juste une question de méthode. Si c’est vraiment ce que tu veux faire, donne le maximum.

Le droit est accessible à tout le monde avec les bons réflexes : poser des questions aux chargés de TD, ne pas hésiter à donner ses devoirs, consulter des corrections, relire ses copies, s’entraider entre étudiants...

Merci pour ton témoignage !

 

 

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